- La famille Cotto prise au dépourvu par la mort de Guillaume, le père
Guillaume est marchand « de sa vocation » autrement dit doté des qualités et du talent de sa profession.
Cette expression qui
apparaît officiellement dans les actes civils renvoyait à une
catégorie particulière de tisserands, celui qui achetaient le lin
et le chanvre pour vendre leur production, alors que les autres
travaillaient « à façon ». et fabriquait la matière
première (le laboureur- tisserand)
Il épouse Janne
Salmon, de bonne famille, fille d'un trésorier de Maxent, elle a
reçu une certaine instruction puisque l'on trouve sa signature dans
un acte de baptême, fait suffisamment rarissime à cette époque
pour être signalé1.
Guillaume et Janne
se sont choisis hors du cercle local étroit du village
d'appartenance.
La paroisse de
Maxent à quelques kilomètres de Plélan-le-Grand n'est jamais
mentionnée auparavant dans les actes de la cohorte Cotto.
Guillaume rencontre
Janne au cours de ses transactions à Maxent, où exerce le père de
Janne en tant que trésorier. Ils tombent amoureux, se marient et
viennent s'installer à Plélan-le-Grand, d'abord à la Jossetaye et
très vite au Trécouët.
Leur premier enfant
est une fille appelée Jeanne comme sa mère , elle naît le 14 avril
1655.
Les efforts du
couple sont concentrés sur leur établissement, Guillaume se déplace
beaucoup pour développer son activité commerciale.
Les enfants naissent
à un rythme soutenu , presque tous les 2 ans de 1676 à 1667,.
En 1670 meurent
Pierre (11ans) Jan (3ans) Jean (5jours) , épidémie ? très
certainement, mais peut-être aussi la noyade pour les plus grands.
La disparition des
trois garçons est vécue très douloureusement par Guillaume et
Janne.
Leur douleur
personnelle auxquels s'ajoutent les difficultés économiques vont
conduire le couple à partager la révolte du papier timbré.
En 1675 Guillaume
qui a de nombreux contacts dans les communes environnantes et à
Rennes est très tôt averti des demandes légitimes des Rennais, il
va s'investir à son tour localement, soutenu par son épouse.
Guillaume , marchand
en vue est informé parmi les premiers et directement concerné , il
participe à l’organisation des milices locales ; Janne
soutient activement son époux.
Il se rend à Rennes pour défendre les droits de sa profession et de
sa communauté.
Le
bureau du papier timbré est mis à sac le 19 juillet à Rennes,
une dernière fois, ce qui entraîne des morts et des blessés.
Guillaume
reçoit une mauvaise blessure mais parvient à renter à
Plélan-le-Grand, où il va mourir le 30 septembre 1675, Janne mettra
au monde leur dernier fils Mathurin 8 mois après son décès.
Il
sera enterré en haut de l'église de Plélan-le-grand, ce qui signe
son appartenance aux notables
Pour financer la guerre, de nouveaux impôts sont levés.
D’abord la ferme du papier timbré, une taxe sur le papier timbré, en avril 1674, papier rendu obligatoire pour tous les actes susceptibles d’être utilisés en justice (dont les testaments, contrats de vente et accessoirement, les registres d’état civil),ce qui augmente le prix des actes pour les particuliers, tout en risquant de diminuer le nombre d’affaires pour les professionnels, d’où un mécontentement général.
Le 27 septembre 1674, la vente de tabac est réservée au roi, qui prélève une taxe et en afferme la vente. C'est la ferme du tabac. Les personnes autorisées à revendre le tabac (fermiers et commis) rachètent les stocks aux commerçants qui en vendaient auparavant. La réorganisation des circuits de vente entraîne une interruption temporaire de la distribution de tabac à fumer et à chiquer d’où une autre source de mécontentement.
À la même période, une nouvelle taxe frappe tous les objets en étain (même achetés longtemps avant), ce qui mécontente les paysans aisés, ainsi que les cabaretiers qui répercutent la taxe d'où une forte hausse sur les prix des consommations.
Le 18 avril 1675, à Rennes, la foule met à sac les bureaux du fisc. Elle défile dans les rues au cri de : «Vive le Roi… sans gabelle et sans édits !»
- Le reportage de Madame de Sévignié sur les bonnets rouges
La
situation est rapportée par Madame de Sévigné au jour, le jour :
« 24 septembre 1675. - Nos pauvres
Bas-Bretons, à ce que je viens d'apprendre s'attroupent quarante,
cinquante dans les champs ; et dès qu'ils voient les soldats, ils se
jettent à genoux et disent mea-culpa : c'est le seul mot de français
qu'ils sachent... on ne laisse pas de pendre ces pauvres Bas-Bretons;
ils demandent à boire, du tabac et qu'on les dépêche...
16 octobre1675. - M. de Chaulnes est à Rennes avec... 4.000 hommes ; on croit qu'il y aura bien de la penderie. M. de Chaulnes y a été reçu comme le Roi; mais comme c'était la crainte qui a fait changer leur langage, M. de Chaulnes n'oublie point toutes les injures qu'on lui a dites, dont la plus douce et la plus familière était gros cochon sans compter les pierres dans sa maison et dans son jardin et des menaces... c'est cela qu'on va punir.
20 octobre1675. - Cette province est dans une grande désolation. M. de Chaulnes a ôté le Parlement de Rennes pour punir la ville ; ces messieurs sont allés à Vannes. Les mutins de Rennes se sont sauvés, il y a longtemps ; ainsi les bons pâtiront pour les méchants ; mais je trouve tout fort bon pourvu que les 4.000 hommes de guerre qui sont à Rennes ne m'empêchent point de me promener dans mes bois qui sont d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses.
27 octobre1675. - Cette province a grand tort, mais elle est rudement punie... on a pris à l'aventure 25 ou 30 hommes que l'on va pendre.
30 octobre1675. - Voulez-vous savoir des nouvelles de Rennes ? Il y a toujours 5.000 hommes, car il en est venu encore de Nantes. On a fait une taxe de cent mille écus sur le bourgeois ; et si on ne les trouve pas dans les 24 heures, elle sera doublée et exigible par les soldats. On a chassé et banni toute une grande rue, et défendu de les recueillir sous peine de la vie, de sorte qu'on voyait tous ces misérables... errer en pleurs au sortir de la ville, sans savoir où aller, sans avoir de nourriture, ni de quoi se coucher. On roua avant-hier un violon qui avait commencé la danse et la pillerie du papier timbré ; il a été écartelé après sa mort et ses quatre quartiers exposés aux quatre coins de la ville... On a pris 60 bourgeois, on commence demain à pendre. Cette province est un bel exemple pour les autres et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernants, de ne leur point dire d'injures et de ne point jeter des pierres dans leur jardin...
13 novembre 1675. - On roua hier tout vif à Rennes un homme qui confesse avoir eu le dessein de le tuer [le duc de Chaulnes] ; c'est le dixième qui a eu ce dessein ; pour celui-ci, il méritait bien la mort.
24 novembre 1675. - Vous me parlez bien plaisamment de nos misères ; nous ne sommes plus si roués : un en huit jours seulement pour entretenir la justice. Il est vrai que la penderie me paraît maintenant un rafraîchissement : j'ai une tout autre idée de la justice depuis que je suis dans ce pays ; vos galériens me paraissent une société d'honnêtes gens qui se sont retirés du monde pour mener une vie douce. Nous vous en avons bien envoyé par centaines ; ceux qui sont demeurés sont plus malheureux que ceux-là.
11 décembre 1675. - Venons aux malheurs de cette province : tout y est plein de gens de guerre... et il s'en écarte qui vont chez les paysans, les volent, les dépouillent.
20 décembre 1675. - Il y a dix à douze mille hommes de guerre qui vivent comme s'ils étaient encore au-delà du Rhin.
5 janvier 1676. - Pour nos soldats, ils s'amusent à voler ; ils mirent l'autre jour un petit enfant à la broche... »

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